Les Gens d'ici...et d'ailleurs : suite de notre troisième volet avec Patrick Gaumer

Publié le par Alain et Hervé

PARIS LA CHAPELLE

Nous continuons notre entretien avec Patrick Gaumer, commencé il y a deux semaines ( voir … )

Les deux premiers épisodes, nous ont raconté les prémices d’une vie consacrée à la BD. Nous sommes au début des années 80. Les choses sérieuses commencent …

3 .  Le grand saut dans la BD …

 

Et puis un jour, je me suis dit : « Je suis mûr, les éditeurs n’attendent plus que moi ! ». J’ai donc écrit une lettre, sans doute très prétentieuse, où je disais que je connaissais très très bien la BD et que j’étais la personne qui leur convenait… A l’époque, il y avait très peu d’éditeurs de BD, une petite dizaine. Huit ne m’ont pas répondu et deux m’ont dit que j’étais sûrement un garçon charmant mais qu’ils n’avaient pas besoin de mes services. D’où une certaine désillusion mais comme je suis un garçon qui fonce, je me suis dit : « Que puis-je faire d’autre ? Je connais la librairie, je connais la BD, donc travaillons dans une librairie de BD ! Le problème c’est qu’il n’y en avait pas beaucoup. À Paris, trois ou quatre : Futuropolis, rue du Théâtre, Boulinier, … L’une et l’autre m’ont dit qu’ils n’avaient besoin de personne, mais, coup de chance, il y avait aussi la librairie Temps Futurs ! Fondée en 1973 par Sophie et Stan Barets, elle n’existe plus aujourd’hui, mais à ce moment-là ils cherchaient quelqu’un pour s’occuper de BD, celui qui s’en occupait étant parti comme attaché de presse des Humanoïdes Associés. La place était donc chaude, mais les prétendants étaient nombreux ! Pour moi dont toute la vie était encore à Angers, c’était loin d’être évident de tout quitter .. Mais bon, j’ai tout de même débarqué à Paris et eu un entretien avec Stan Barets. Le courant est tout de suite passé, mais, si j’étais la personne qui lui convenait le mieux parmi la vingtaine qu’il avait déjà rencontrées, il y en avait encore une quarantaine qui lui avaient écrit ! Il fallait donc que je le rappelle dans une dizaine de jours …

Je suis pourtant rentré gonflé à bloc. Ca y est, j’ai trouvé ma voie ! Génial !

Neuf jours plus tard, coup de fil à Stan. « Pour l’instant vous êtes la personne qui convient le mieux mais j’ai encore du monde à voir … J’ai aussi fait passer un test aux autres mais pas à toi … » C’était une série d’une vingtaine de questions très très pointues, du genre « Citez-moi cinq dessinateurs de Spirou et Fantasio ? Qu’est-ce qu’une peau d’ours ? (C’est la quatrième de couverture des Éditions du Lombard) Qu’a dessiné Dick Matena ? (C’est un dessinateur néerlandais) … J’ai répondu à tout mais en complétant à chaque fois : par exemple, que c’était bien de donner 5 dessinateurs de Spirou et Fantasio mais qu’en réalité il y en avait sept, etc.

Il m’a alors dit : « Quand peux-tu commencer ? ». Nous étions un lundi et, je l’ai dit, toute ma vie était à Angers, appart’, proches : « Disons jeudi. Le temps de mettre ma vie un peu en ordre ! »

 

 

Et j’ai débarqué. Les six premiers jours, j’ai dormi dans un placard aimablement prêté par la mère d’un copain, qui habitait Paris. Puis j’ai réussi à trouver un 6 m2 dans le Quatorzième.

 

 Douche, froide, sur le pallier. Toilettes à l’avenant. Tout ça pour une fortune. À l’époque je devais payer 500 francs, le même prix que mes 150 m2 donnant sur le château d’Angers, mais j’étais le plus heureux des hommes ! J’étais à la librairie Temps Futurs où se côtoyaient les Jean-Pierre Dionnet, Philippe Druillet, Chaland et tant d’auteurs que je lisais et rêvais de rencontrer, en vrai, de toucher. Des sortes de dieux vivants … qui sont devenus d’excellents copains, très vivants et absolument pas prétentieux pour deux sous…

Un dessin de P.Druillet, paru dans Pilote en 1973. (P.Druillet a réalisé les décors des récents "Rois Maudits") Les rois maudits : http://les-rois-maudits.france2.fr/ et sur P Druillet : http://www.papiers-gras.com/Historique/DruilletPhilippe/Expo/200511/Druillet.htm

Cela s’est fait comme ça. Et dès les premiers mois, comme Temps Futurs était aussi éditeur, je me suis retrouvé en charge de co-diriger  « L’Année de la BD » qui était ma première publication collective, l’année 83/84. J’ai fait plein d’erreurs mais Stan Barets m’a dit :  « Ce n’est pas grave quand on est assez lucide pour les voir et qu’on ne les refait pas une seconde

fois. » J’ai donc continué à faire des erreurs mais jamais deux fois les mêmes, ce qui est un avantage !

Je continuais donc la librairie mais un jour, ce magnifique vaisseau qu’était Temps Futurs a pris l’eau : des problèmes de gestion et je me suis retrouvé en charge de la librairie Glénat, à côté de la place de l’Opéra.

En 1988, changement d’époque ! Des jeunes gens modernes, prônant la rentabilité et l’individualisme forcené, des hommes en gris qui venaient vous expliquer comment fonctionne une entreprise alors que l’on travaillait quinze heures par jour, par passion. Ils nous ont dit : « Vous allez devoir faire vos preuves. » Comme on ne m’avait jamais commandé, surtout ainsi, la réponse est venue immédiatement :  « Vous, ça fait cinq minutes que vous êtes là et ça va être à vous de faire vos preuves … » Ils n’ont pas aimé et ont décidé d’avoir ma peau. Mais ma peau de rhinocéros et ils ne l’ont pas eue.

J’avais commencé à écrire en 1983, mais, à partir de 1988, je m’y suis mis véritablement et, laissant tomber la librairie, je suis parti comme indépendant. Je me suis orienté vers une sorte de mercenariat du 9ème Art… tous les métiers imaginables autour de la BD ! J’ai donc écrit sur la BD, j’ai scénarisé, j’ai été «  nègre » de plusieurs ministres de la culture, j’ai travaillé sur des festivals de BD, comme concepteur d’expositions, rédacteur de dossiers de presse, … J’ai continué à m’amuser et surtout à lire, à lire, à lire … Et écrire. Mon premier ouvrage d’importance est paru en 1994 mais je l’avais commencé en 89. Plus de quatre années de travail. C’était déjà un Larousse de la BD, mais qui s’intitulait à l’époque « Le Dictionnaire mondial de la BD ».

A suivre …

Alain et Hervé mardi 24 janvier2006

 

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