Des gens d'ici... et d'ailleurs : la suite de notre entretien avec Patrick Gaumer

Publié le par Alain et Hervé

PARIS LA CHAPELLE

Nous avons débuté cette rubrique par un entretien avec Patrick GAUMER, LE spécialiste français de la Bande Dessinée, qui a publié récemment l’ouvrage de référence qu’est le « Larousse de la Bande Dessinée », véritable somme sur le 9e Art.

 

La semaine dernière (voir le calendrier article du mercredi 11 janvier 2006) ,il s’agissait du premier épisode : celui de la chute dans la marmite des livres, qui allait déterminer toute une vie. Voici celui de l’entrée en littérature, et d’abord côté librairie …

 

2 .  Des illustrés à la librairie …

 

Et de fil en aiguille, ma passion s’est orientée dans deux directions : la Science-fiction qui était une façon de surchauffer le réel et la BD. A peu près à égale passion … Et finalement la BD a pris le dessus, surtout à partir des années 70. Je n’ai pas connu Mai 68. J’avais 11 ans et il m’en reste juste de vagues souvenirs. Mes parents avaient visiblement quelques inquiétudes : avoir assez de sucre et d’huile pour faire face à la pénurie. Pas de souci d’essence, ils n’avaient pas de voiture. Je me souviens aussi du côté un peu alternatif de l’époque.

C’est à ce moment-là que j’ai découvert la revue Actuel. En 72, je suis devenu lecteur de Pilote. Je commençais à avoir un peu d’argent de poche en me débrouillant : lavage de bagnoles, vente de ferraille, petits services, … Et avec cet argent-là j’achetais mes premiers bouquins. C’est à cette époque que l’on a vu apparaître une nouvelle génération d’auteurs de BD qui se sont d’ailleurs ensuite émancipés de Pilote pour faire notamment l’Echo des Savanes, pas l’actuel, le grand : Gotlib, Mandryka, Bretecher, … et, après, Métal Hurlant, etc.

J’écoutais aussi beaucoup de rock. C’était vraiment tout une para-culture qui maintenant n’en est plus une puisqu’elle a été totalement récupérée, intégrée. Maintenant quand on voit et entend Imagine de J. Lennon pour une pub de voiture … j’ai un peu de mal. J’ai gardé l’esprit ouvert à quelque chose d’un petit peu différent.

Au-delà de la lecture de la BD qui était devenue un peu mon credo, je trouvais que tout ce qui était écrit dessus était généralement assez approximatif. Il y avait les premiers mouvements, vers le milieu des années 60, les premiers travaux sur la BD, mais dans lesquels on sentait le côté très «  fan de base ». C’étaient les premiers fanzines avec des questions du genre : « Dessinez-vous à la plume ou au crayon » et ça s’arrêtait pratiquement là.

Je me suis donc dit : « pourquoi ne pas essayer d’aller plus loin ? »  Même avec les moyens du bord car je n’avais pas fait d’études universitaires. J’avais raté mon bac du premier coup et plus tard, j’ai fait des études de gestion — ce qui a peu de rapport avec la suite – mais tout en faisant quand même mes petites fiches sur la BD. Un travail d’historiographe si l’on peut dire : d’où vient tel mouvement graphique, tel type de dessin, telle école ? Puis petit à petit, en l’élargissant au-delà du domaine francophone : ce qui se passe aux États-Unis, en Amérique latine … Les premiers mangas qui, dès les années 70 commençaient à paraître dans les revues les plus invraisemblables d’arts martiaux…

J’essayais donc de trouver ce que les autres ne trouvaient pas, non pas pour me dire : « Ah, Ah ! J’étais le premier à le trouver ! » mais en disant : «  Ah, Ah ! Je vais vous le montrer et vous le faire partager » C’était le côté passeur. D’ailleurs, si je devais me définir, c’est ce côté passeur, passeur d’images, que je retiendrais. Faire découvrir des choses, c’était mon désir. Mais entre le désir et la réalité … Réaliser un rêve, nous n’en étions pas là !

Dès mon bac, réussi au rattrapage dès le deuxième coup, j’ai commencé à travailler comme libraire. Là, je baignais dans le livre, j’avais presque réussi mon rêve. Sauf que c’était surtout des paquets de livres à ranger ! Le directeur était de la vieille école et m’avait appris des choses qu’on ne fait plus maintenant : comment marquer un livre au crayon, gras, comment

faire une pile sans qu’elle se casse la figure … Il y avait un côté librairie-grenier, pas très méthodique. Les codes-barres n’existaient pas. Quand on rentrait, il y avait l’odeur du papier qui vous saisissait.

Mais le directeur de cette librairie n’ayant pas tout à fait compris que j’étais un passionné de BD et m’avait mis au rayon scolaire et, partant du principe que la BD était plutôt pour les filles – je n’ai toujours pas compris pourquoi – y avait mis une jeune fille délicieuse et charmante qui, elle, adorait la poésie … Tout ça ne me satisfaisait donc que moyennement et au bout d’un an et demi j’ai pris mes cliques et mes claques. C’était encore une époque un peu bénie où il n’y avait pas un chômage endémique et où l’on pouvait envisager de changer de travail. Je suis donc parti tracer la route à travers l’Europe et les autres continents. J’ai habité à Amsterdam, en Crête, etc. Et puis je suis revenu en France, décidé à reprendre quelques études. Je me suis inscrit à des cours universitaires, mais me suis retrouvé avec des gens qui avaient un cursus un peu plus normal que le mien : beaucoup de jeunes gens un peu boutonneux, qui vivaient encore chez papa-maman alors que moi, j’avais déjà mon indépendance et me sentais décalé.

J’ai donc décidé : « Non ! Je vais faire ce que je veux et je vais essayer … » Nous étions au tout début des années 80, au début des radios libres et j’ai donc commencé à faire des émissions de radio. C’était une des premières d’Angers et était encore pirate quand on a commencé. On déménageait d’un toit à l’autre, en trimbalant l’émetteur que l’on avait acheté. Très lourd et très encombrant. Je faisais une émission … de BD. C’était à la fois passionnant et très amateur. On s’amusait beaucoup.

 

A suivre …

Alain et Hervé mardi 17 janvier2006

 

 

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